La sobriété numérique, un levier de la transition écologique

19 février 2021
Technologies & Innovation
Energie et utilities

Depuis quelques années, la consommation d’énergie liée au numérique a littéralement explosé dans le monde : elle est responsable d’environ 4% des émissions de gaz à effet de serre mondiales, avec une augmentation de la consommation d’énergie du numérique de 9 % par an.

Une consommation de data en pleine explosion

Il est nécessaire d’infléchir cette tendance, et la sobriété numérique est un des leviers. Selon The Shift Project, il est possible de réduire cette augmentation à 1,5% chaque année grâce à cette démarche.

Une perte de contrôle sur nos consommations

Avec l’essor et la diffusion exponentielle des services et équipements numériques dans notre quotidien, notre rapport avec le numérique est devenu instinctif et compulsif. E-mails, SmartPhones et ordinateurs, objets connectés, plateformes de streaming font désormais partie de notre quotidien, et nous les utilisons tous plusieurs heures par jour sans s’en rendre compte. Qui aurait pu penser il y a 10 ans que nous pourrions souscrire à des abonnements mobiles de plus de 50 Go/mois ?

La consommation individuelle de data n’est pas la seule composante du secteur à connaître une certaine débauche de ressources : la taille des pages web (Source : nosyweb) a été multipliée par 3 entre 2010 et 2016, et mettent autant de temps à charge qu’il y a 20 ans, le nombre d’équipements connectés par habitant augmente inexorablement (environ 8 terminaux / habitant en Europe en 2020), les contenus numériques sont en constante augmentation avec des difficultés pour les trier, ou encore l’empreinte écologique du streaming vidéo est trop souvent négligé (il représente 60% du trafic internet mondial en 2019 selon Sandvine )..

Évolution bien curieuse, à une époque où les mesures et prises de conscience pour une plus grande sobriété dans nos usages deviennent incontournables dans tous les autres secteurs de notre économie : énergie, transports, agroalimentaire…

Une consommation qui débute dès la conception et la production

Au-delà de la croissance purement liée à l’augmentation du nombre d’utilisateurs et la diversification des services, cette hypertrophie du numérique prend racine en différents endroits. 

L’efficience des logiciels ne suit généralement pas l’évolution du matériel (source : Greenspector), ou en tout cas, il le suit moins rapidement (loi de Wirth) : accumulation de “gras numérique” au fur et à mesure que l’on procède à des mises-à-jours, ou que l’on multiplie les couches d’abstraction entre le hardware et le software.

D’ailleurs, l’obsolescence des terminaux en accélération ces 20 dernières années est complètement liée à ce phénomène : les équipements actuels sont difficiles à upgrader, réparer, reconditionner, recycler, d’autant que la complexité des composants et alliages de métaux qu’ils contiennent en font des technologies peu résilientes dans le temps.

Et puis il peut arriver que, dès la conception, nous ne nous focalisions pas sur les besoins essentiels des utilisateurs, et que nous surdimensionnions ainsi nos développements, équipements et infrastructures. Par exemple, la lourdeur d’une page web réside parfois dans l’ajout de services annexes tels que la publicité, les trackers… Il a été constaté dans de nombreux cas que la part de JavaScript pris par les services “annexes” est importante et dépasse celle du JavaScript utilisé pour le service primaire... 

Une solution qui émerge : la sobriété numérique

Pour trouver l’équilibre entre le développement des nouvelles technologies et une conscience écologique et sociale plus forte dans le numérique, les questions de l’efficacité et de l’utilité paraissent essentielles. Mais ne prenons pas cette dynamique comme une contrainte, une entrave au développement du secteur. L’objectif n’est pas de rétrograder mais d’innover sans oublier notre bon sens.

Dans les solutions s’offrant à nous pour atteindre la sobriété numérique, on peut citer l’écoconception des services numériques (avec des méthodologies proposées par l'alliance Green IT ), la réduction des usages comme avec l’initiative Digital Detox  (jeûne numérique), la limitation de la bande passante, la réduction ou suppression des services tiers dans les applications et plateformes en ligne, la limitation du renouvellement de nos équipements, ou encore l’essor des solutions Open Source et des licences libres (ouverture des formats et des licences pour assurer la maintenabilité et pérennité des biens communs numériques par le plus grand nombre).

Conclusion

Ces solutions font partie des moyens pour accompagner la transition écologique. Mais afin que celles-ci portent leurs fruits, elles doivent s'accompagner d’une réelle prise de conscience et d’une participation de l’ensemble des acteurs du numérique : les gouvernements, les entreprises, mais également les utilisateurs finaux. En ce sens, des propositions de loi ont récemment été déposées pour une transition numérique et écologique (publiées le 14 octobre dernier).  

La réglementation est sur le point de changer, cela devrait inciter, au travers de sanctions notamment, tous les acteurs à modifier leurs habitudes de consommation, et garantir un développement du numérique plus sobre et responsable.

Thomas Mari et Arnaud Meigné

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Nosing DOEUK
Nosing DOEUK
Directeur d’Unité, Directeur de l'Expertise Innovation et Technologies

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