Droits TV et Football en France : Un « Fuis moi je te suis » interminable

26 mai 2021
Média et télécoms

“Les droits TV footballistiques en France”: voilà un feuilleton de qualité auquel nous avons assisté cette année! Entre l’achat de ces derniers par la société espagnole MediaPro, leur retrait en plein milieu de la saison, et la reprise de la diffusion par le Groupe Canal, le spectacle était au rendez-vous.

La télévision donne aux téléspectateurs un éventail de programmes toujours plus important. Le sport est devenu l’un des divertissements les plus importants en termes d’audience et de revenus pour les chaînes. La concurrence qui en découle rend les offres plus juteuses pour les organismes sportifs.

Le sport à la télévision en France : Une évolution fulgurante

Historiquement, les préférences des français en termes de programmes télévisés étaient différentes. En effet, en 1994 aucun événement footballistique ne figurait dans le top 5 des diffusions, le sport star étant le patinage artistique. Or actuellement, la situation a changé drastiquement.

L’hexagone possède une richesse indéniable en termes de médias. Entre chaînes payantes et gratuites, les téléspectateurs y trouvent forcément leur compte. Mais en termes d’audience, le sport prend le large. Dans le Top 10 des événements les plus regardés dans l’histoire de la TV française (tous domaines confondus), nous retrouvons 8 matchs de football. Le nombre de téléspectateurs s’élève à plus de 20,2 millions au minimum et atteint le chiffre record de 23,6 millions pour la finale de la coupe du monde Brésil - France de 1998, soit plus d’un tiers de la population française. Dans ce classement, deux événements extra sportifs ont su réunir 31 et 23 millions de téléspectateurs respectivement : les allocutions du Président Emmanuel Macron du 01/04/2021 et du 10/12/2018 (pour le moins inattendus !).
Le football se démarque donc par rapport aux autres sports. Pour trouver un événement sportif qui détrône le ballon rond, il faut remonter en 2007, lors du match de rugby entre la France et l’Angleterre (18,3M).

Les droits télévisés en France

Avec une telle évolution, il est évident que la population française accorde de plus en plus d’importance au sport, ce qui rend la demande plus forte et l’enjeu pour les chaînes plus grand. L’acquisition des droits TV devient un terrain hostile pour les groupes médias, avec une augmentation quasi systématique des coûts chaque année. Les Droits TV constituent une partie non négligeable des revenus des clubs, justifiant ainsi leur volonté de négocier des prix faramineux.

Historiquement en France, le Groupe Canal se chargeait de la diffusion de la Ligue 1 et 2. En 2020, MediaPro a fait une offre très attractive à la LFP pour la retransmission de certains matchs pour la somme de 830 millions d'euros. Le reste des matchs étant retransmis par Canal +. Le contrat total était de 1,53 Milliards d’Euros, du jamais vu dans l’histoire du football français ! Cet accord dépasse même certains championnats historiques tels que le championnat espagnol et le championnat italien.

Afin de rentabiliser leur investissement, MediaPro avait pour objectif d’atteindre les 3 millions d’abonnés sur la chaîne dédiée (Telefoot), avec un abonnement à 25€/mois. Bien évidemment, très peu de français ont souscrits à cette formule : on comptait seulement 600.000 abonnées en octobre, loin de l’objectif fixé. MediaPro n’a donc pas réglé ses échéances d’octobre et de décembre, en réclamant une révision à la baisse du contrat. 

Que s'est-il passé par la suite ?

MediaPro s’est retiré et le Groupe Canal a repris les droits dans un appel d’offres assez atypique. Cet échec est bien évidemment en grande majorité lié au manque de lucidité de la part du groupe sino-espagnol, mais pas que : 

  • Une montée en puissance des plateformes de streaming payantes (Netflix, OCS, Disney +, etc.), qui récupèrent des millions d’abonnés et qui proposent des programmes divertissants pour tousles âges. Netflix a atteint les 8,5 millions d’abonnés en France mi-juin 2020 : une hausse considérable par rapport à 2019.
  • L’émergence du streaming sportif avec l’IPTV, un abonnement payant à l’année, mais qui reste considéré comme de la piraterie. Il est indéniable que pour un passionné du ballon rond, il est plus avantageux de pouvoir visionner l’intégralité des matchs pour 50€/an, plutôt que pour 50€/mois. Cette pratique est interdite, et plusieurs projets de loi sont en cours à ce sujet.
  • Le football domestique suscite moins d’intérêt que les matchs de l'équipe de France chez les français. De plus, Canal + propose plus de programmes (Films, Séries, Documentaires, etc.) en plus du sport pour un prix d’abonnement quasi similaire.

Ces éléments conduisent la population française à se désintéresser de ces offres onéreuses proposées par les chaînes télévisées. Actuellement l’intégralité de la Ligue 1 et 2 est diffusée sur Canal +, en attente d’un nouvel appel d’offres qui va déterminer l’avenir du football français.

Quelles perspectives d’avenir ?

Les offres et modalités de diffusion du football dans les médias ont drastiquement changé au fil du temps. La télévision n’est plus le seul moyen de retransmission, car les chaînes proposent des offres 100% digitales, ou des offres hybrides (télévision + digital) afin de s’aligner avec les besoins du consommateur. Une autre manière d’opérer est le « pay-to-watch », formule permettant de regarder un nombre limité de matchs, ou d’y avoir accès une journée.
Dans tous les cas, les médias français ont devant eux un enjeu majeur. En effet, en plus de devoir faire évoluer leur propre industrie, ils doivent faire monter en visibilité la ligue domestique.

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