Les Low-tech : quand l’innovation devient frugale

Technologies & Innovation

Dans un contexte d’incertitude constante face à l’avenir et à l’évolution de la situation (aussi bien sur le plan sanitaire, social ou environnemental), la capacité de résilience des sociétés à traverser ces périodes de crise est souvent mise en lumière. Et certains défis de taille sont déjà bien visibles au sein de notre société : consommation exponentielle des ressources, production décarbonée d’énergie, surconsommation et recyclage peu efficace.. Pour tenter de répondre à ces problématiques, un mouvement prend de l’ampleur : les low-techs.

Une première réponse à des problèmes complexes

Cette expression désigne des “innovations durables (produits ou services) dont le but est de prendre davantage en considération les contraintes sur les ressources, en se focalisant particulièrement sur les technologies sobres, agiles et résilientes”. Le mouvement low-tech n’est pas récent : apparu il y a plus de 40 ans, en réponse à l’industrialisation galopante et à la société de consommation actuelle, il constitue alors un mouvement marginal pour l’époque. Mais la perception de l’impact humain sur son écosystème ayant fortement évolué, il prend aujourd’hui une toute autre ampleur face aux défis que nous rencontrons.

En opposition aux high-tech, qui répondent souvent à des solutions qui ne sont pas systématiquement axées sur un besoin, les low-techs répondent à des besoins dits primaires (accès à l’eau, à la nourriture, la gestion des déchets) en proposant des solutions simples et respectueuses de l’environnement. En dehors d’un aspect purement technique, les low-techs portent une philosophie complète qui englobe une réflexion générale sur les modes de consommation et de durabilité.

En quête de résilience

Au cœur du mouvement se trouve la résilience. Le concept est de promouvoir des technologies durables pour lesquelles la construction est simple, avec des matériaux non-rares, idéalement locaux et naturels afin de permettre des réparations faciles. Par exemple, Corentin de Chatelperron est un ingénieur parti faire le tour du monde sur son “Nomade des mers”. Il cherche des innovations low-techs pour la gestion des déchets (réduire le volume produit, les recycler en totalité que ce soient des déchets organiques ou plastiques), pour produire de la nourriture dans un environnement contraint, mais également générer de l’électricité à partir de diverses sources naturelles sur un espace aussi réduit qu’un catamaran. L’ensemble de ces recherches ou trouvailles sont compilées et en libre accès sur le site de son association Low-tech Lab.

Promouvoir l’économie circulaire

L’idée au cœur du mouvement est donc de produire, consommer et recycler localement, mais un second fondement majeur est à prendre en compte : le but est également de promouvoir le partage des idées via des fab-labs, véritable laboratoires d’idées ou les adhérents échangent, améliorent, partagent leurs opinions pour développer les low-techs. D’apparence altermondialiste, c’est au contraire un mouvement aux valeurs universalistes qui émerge.  L’ensemble des innovations sont disponibles en open-source pour permettre la diffusion maximale de ces solutions, et faciliter ainsi un véritable “crowd-sourcing” à travers la planète en donnant accès à ces solutions aux populations les plus demandeuses (par exemple : dans les pays en développement où l’accès à l’eau et l’électricité sont difficiles, mais également où la gestion des déchets n’est pas développée).

Une des bases du développement des low-techs réside dans la réutilisation optimale et maximale des ressources ou des matériaux existants afin de lutter contre l’obsolescence programmée : par exemple, la réutilisation potentielle de batteries d’ordinateurs censées être hors d’usage pour éclairer une maison, tout en rechargeant ces mêmes batteries grâce à une éolienne fabriquée à partir d’un ancien ventilateur et de matériel de construction. 

Les low-techs sont donc un moyen d’accompagner la transition pour permettre aux personnes et aux sociétés (en développement ou développées) de devenir plus autonomes tout en luttant contre des phénomènes que l’on peut qualifier de destructeurs (surconsommation, obsolescence programmée, entre autres..). 

Il est toutefois nécessaire de remettre en question certaines notions qui semblent aujourd’hui prévaloir comme la notion de progrès et sa linéarité. Une des idéologies remise en cause est la vision cornucopienne, selon laquelle la technologie est l’unique planche de salut des sociétés modernes, malgré des signaux faibles (ou forts) qui indiquent qu’il est impératif de faire évoluer notre modèle vers plus de sobriété.

Les low-techs ne sont pas destinées à remplacer l’ensemble des technologies qui nous entourent. En effet, l’idée n’est pas de créer soi-même du matériel de pointe pour détecter des pathologies graves (pour ne citer que le domaine médical), mais bien de redonner de l’autonomie sur des besoins beaucoup plus triviaux. 

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Nosing DOEUK
Nosing DOEUK
Directeur d’Unité, Directeur de l'Expertise Innovation et Technologies

L'innovation est la clé vers la réussite de la plupart des projets car nous constatons des mutations qui touchent tous les secteurs. Nous bénéficions d'une expertise technologique et méthodologique pour accompagner nos clients dans ce challenge plus que stimulant.

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